Alimentation du cheval : besoins, ration et erreurs à éviter
🐴Dans cet article, vous découvrirez comment fonctionne la digestion du cheval herbivore, pourquoi le fourrage doit constituer la base de sa ration, comment doser intelligemment les concentrés, l'importance des transitions et de l'abreuvement, un tableau de référence pour construire une ration équilibrée, et les erreurs les plus fréquentes qui mettent en danger la santé digestive de votre cheval.
- Le cheval est un herbivore conçu pour manger des fibres de nombreuses heures par jour.
- Le fourrage (herbe, foin) est la base : à volonté ou en grande quantité, jamais en dessous d'un seuil minimal.
- Les concentrés ne s'ajoutent que si le travail ou l'état corporel le justifient, en petits repas fractionnés.
- Toute modification de ration se fait progressivement, sur une à deux semaines.
- L'eau propre et un complément minéral et vitaminé complètent toujours une ration équilibrée.
Le cheval, un herbivore au tube digestif singulier
Pour bien nourrir un cheval, il faut comprendre son anatomie. C'est un herbivore monogastrique, c'est-à-dire qu'il ne possède qu'un seul estomac, de petite taille, mais un côlon et un cæcum très développés où se déroulent d'intenses fermentations. À l'état naturel, il broute de douze à seize heures par jour, ingérant de petites quantités d'herbe presque en continu. Son système digestif est donc fait pour recevoir un flux régulier de fibres, et non de gros repas espacés.
Cette particularité explique pourquoi le fourrage est si important. Un cheval qui passe de longues heures sans rien manger sécrète pourtant en permanence des sucs gastriques, ce qui favorise l'inconfort digestif et les ulcères. Respecter sa nature d'herbivore brouteur, c'est avant tout lui garantir un apport de fibres quasi continu.
Un cheval qui maigrit, gonfle ou peine à digérer ?
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Le fourrage : la base incontournable
L'herbe, le foin et l'enrubannage constituent le socle de l'alimentation équine. Le fourrage apporte les fibres indispensables au bon fonctionnement du gros intestin, occupe le cheval, use régulièrement ses dents et limite les comportements de frustration. À titre indicatif, on vise environ 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche de fourrage par jour, soit de l'ordre de 7,5 à 10 kg de foin pour un cheval de 500 kg.
La qualité avant la quantité
Un bon foin est vert, sans poussière ni moisissure, récolté à un stade pas trop tardif. Un foin médiocre, trop sec ou poussiéreux, peut provoquer des troubles respiratoires et apporte peu de valeur nutritive. En cas de poussière, le foin peut être trempé ou légèrement humidifié. L'herbe de printemps, riche et sucrée, demande au contraire de la vigilance chez les chevaux sensibles, car elle peut favoriser surpoids et fourbure.
Le fourrage à volonté, quand c'est possible
Idéalement, le cheval dispose de fourrage à volonté pour respecter son rythme physiologique. Pour les chevaux qui ont tendance à grossir, on peut ralentir l'ingestion avec un filet à foin à petites mailles plutôt que de réduire drastiquement la quantité, ce qui éviterait de longues périodes l'estomac vide.
Les concentrés : utiles, mais avec mesure
Les concentrés (céréales, granulés, floconnés) apportent de l'énergie rapidement disponible. Ils ne sont nécessaires que lorsque le fourrage seul ne couvre pas les besoins : cheval de sport, jument en lactation, cheval âgé qui maigrit, ou animal au travail intense. Un cheval au repos ou peu sollicité s'en passe le plus souvent très bien.
Quand ils sont justifiés, quelques règles s'imposent :
- Fractionner en plusieurs petits repas plutôt qu'un seul gros, car l'estomac du cheval est petit ;
- Ne jamais inverser le ratio : les fibres doivent toujours dominer la ration ;
- Distribuer le fourrage avant ou avec les concentrés pour ralentir l'absorption des sucres ;
- Peser les rations plutôt que de se fier à un volume approximatif.
Un complément minéral et vitaminé (CMV) est souvent utile, car le fourrage seul ne couvre pas toujours certains besoins, notamment en minéraux et oligo-éléments. Le choix du CMV se fait en fonction de la ration globale.
Un exemple de bases de ration
Le tableau ci-dessous donne des repères selon le profil du cheval. Ce ne sont que des ordres de grandeur : toute ration doit être ajustée à l'état corporel réel, idéalement avec l'aide d'un vétérinaire ou d'un nutritionniste équin.
| Profil du cheval | Fourrage | Concentrés | Compléments |
|---|---|---|---|
| Cheval au repos / loisir léger | À volonté ou ≈ 2 % du poids vif | Souvent inutiles | CMV adapté |
| Cheval de sport régulier | Majoritaire dans la ration | Modérés, fractionnés | CMV, parfois électrolytes |
| Cheval âgé qui maigrit | Foin tendre ou mash, à volonté | Aliment senior adapté | CMV, suivi dentaire |
| Cheval en surpoids | Foin pauvre, ralenti au filet | À éviter | CMV bas en énergie |
Les transitions alimentaires
La flore intestinale du cheval, responsable des fermentations, s'adapte lentement à toute nouveauté. Un changement brutal de foin, l'introduction soudaine de céréales ou une mise à l'herbe trop rapide perturbent cet équilibre et augmentent le risque de coliques et de diarrhées. Toute modification doit donc s'étaler sur une à deux semaines, en remplaçant progressivement l'ancien aliment par le nouveau. La mise au pré au printemps se prépare aussi en douceur, en augmentant graduellement le temps de pâturage.
L'abreuvement, souvent négligé
L'eau est le premier des nutriments. Un cheval boit en moyenne plusieurs dizaines de litres par jour, davantage encore en cas de chaleur, d'effort ou de ration riche en foin sec. Un défaut d'abreuvement est un facteur de coliques d'obstruction. Veillez à :
- un accès permanent à une eau propre et renouvelée ;
- une eau non gelée en hiver, car un cheval rechigne à boire de l'eau glacée ;
- des abreuvoirs et bacs nettoyés régulièrement.
En hiver, un cheval qui ne boit pas assez à cause d'une eau trop froide est exposé aux bouchons digestifs. Tempérer l'eau ou casser la glace plusieurs fois par jour fait partie des gestes simples qui préviennent les coliques.
Les erreurs fréquentes à éviter
- Trop de céréales, pas assez de fibres. C'est la première cause de troubles digestifs et de comportements gênants.
- Les longues périodes l'estomac vide, qui favorisent ulcères et stress.
- Les changements brutaux de foin ou de ration, sans transition.
- Un seul gros repas de concentrés au lieu de plusieurs petits.
- Négliger le contrôle dentaire, indispensable à une bonne mastication.
- Sur-complémenter avec des produits inutiles au lieu d'optimiser d'abord le fourrage.
- Ignorer l'état corporel réel du cheval au profit d'habitudes ou de quantités « toutes faites ».
En résumé, bien nourrir un cheval ne consiste pas à multiplier les aliments, mais à respecter sa physiologie : beaucoup de fibres, peu de concentrés, des transitions douces et de l'eau propre à volonté. Une ration simple et bien pensée vaut mieux qu'une ration compliquée et déséquilibrée.
Adapter la ration au profil et à la saison
Il n'existe pas de ration universelle : chaque cheval a des besoins propres qui évoluent au fil de l'année et de sa vie. Plusieurs paramètres orientent les ajustements :
- L'état corporel. Un cheval qui prend du poids voit sa ration énergétique allégée ; un cheval qui maigrit a besoin d'un apport plus soutenu, en privilégiant d'abord la qualité et la quantité de fourrage.
- L'activité. Un cheval de loisir et un cheval de sport intensif n'ont pas les mêmes besoins énergétiques. L'effort, surtout en cas de transpiration importante, augmente aussi les pertes en eau et en électrolytes.
- L'âge. Le poulain en croissance, la jument gestante ou allaitante et le cheval âgé ont des besoins spécifiques. Le senior, dont la dentition et la digestion s'altèrent, profite souvent de fourrages tendres et d'aliments adaptés.
- La saison. L'herbe de printemps, riche et sucrée, peut faire grossir et favoriser la fourbure chez les chevaux sensibles ; l'hiver, à l'inverse, demande davantage de fourrage pour soutenir l'animal face au froid.
Le bon réflexe consiste à observer son cheval régulièrement et à ajuster par petites touches, plutôt qu'à appliquer une ration figée toute l'année. Un avis vétérinaire ou de nutritionniste équin est précieux pour les profils particuliers.
Évaluer l'état corporel, l'outil du quotidien
Savoir « lire » l'état corporel de son cheval est une compétence simple et précieuse. Plutôt que de se fier au poids seul, on évalue la couverture de graisse sur des zones repères : l'encolure, le garrot, les côtes, la ligne du dos et la base de la queue. L'objectif est un cheval ni maigre, dont les côtes saillent et le bassin pointe, ni trop gras, avec des dépôts marqués et un encolure épaissie.
Sur un cheval en état idéal, on devrait sentir les côtes sous une fine couche de chair en passant la main, sans pour autant les voir nettement. Cette évaluation régulière permet d'anticiper et d'ajuster la ration bien avant qu'un surpoids ou un amaigrissement ne s'installe durablement.
Tenir un repère visuel et tactile, idéalement noté de mois en mois, vaut souvent mieux qu'une pesée occasionnelle. C'est cette surveillance continue, associée à une ration de base saine, qui maintient le cheval en forme sur le long terme.

Questions fréquentes
Quelle est la base de l'alimentation du cheval ?
La base est le fourrage : herbe au pré, foin ou enrubannage. Herbivore conçu pour brouter de nombreuses heures par jour, le cheval a besoin de fibres en quasi-continu. Le fourrage doit représenter l'essentiel de sa ration, idéalement à volonté ou en grande quantité.
Combien de fourrage un cheval doit-il manger par jour ?
À titre indicatif, on vise environ 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche de fourrage par jour, soit de l'ordre de 7,5 à 10 kg de foin pour un cheval de 500 kg. Cette quantité s'ajuste selon l'état corporel, l'activité et le type de fourrage.
Faut-il donner des céréales à un cheval ?
Pas systématiquement. Un cheval au repos ou peu travaillé couvre souvent ses besoins avec un bon fourrage et un complément minéral et vitaminé. Les concentrés ne s'ajoutent que si le travail ou l'état corporel le justifient, toujours en quantité limitée et fractionnée.
Pourquoi faut-il faire des transitions alimentaires chez le cheval ?
La flore intestinale du cheval s'adapte lentement. Un changement brutal de foin ou de ration perturbe les fermentations et augmente le risque de coliques et de diarrhées. Toute modification doit donc s'étaler sur une à deux semaines.
Sources & pour aller plus loin
- IFCE — Institut français du cheval et de l'équitation — fiches pratiques sur l'alimentation, le fourrage et la conduite d'élevage.
- INRAE — Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement — références scientifiques sur la nutrition des herbivores.
- VetAgro Sup — École vétérinaire — expertise vétérinaire en santé et nutrition équines.